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Château Romanin :
Une belle histoire



En Provence et dans les Alpilles, le site de Château Romanin fait partie de ces lieux rares où le paysage, les vieilles pierres, la lumière et l'air définissent on ne sait quoi d'exceptionnel...

Un lieu vivant et pur. Un lieu qui semble avoir traversé le temps avec fierté. Ici, au cœur des Alpilles et depuis la nuit des temps, la tradition rayonnante du vin se perpétue. De Pythéas qui, au IVe siècle av. J-C, faisait voyager ce vin sous le nom de Théopolis, jusqu'aux célèbres Cours d'Amour du XIIIe siècle, l'histoire a scellé un merveilleux pacte d'alliance. Bien avant qu'un château ne soit construit, le site de Romanin fut toujours reconnu comme un "Haut-Lieu", c'est-à-dire un endroit où des phénomènes de transformation et de transcendance peuvent s'opérer, liés à des particularités géologiques (nature du sol), telluriques (courants terrestres), et enfin à la nature de l'air (courants ascensionnels exceptionnels juste au-dessus du vignoble). Ainsi, le vignoble de Romanin s'étend sur un étonnant terroir, un lieu particulièrement propice à la culture de la vigne.



Jean Moulin, dit Romanin

La famille de Jean Moulin était originaire de Saint-Andiol, à quelques kilomètres de Romanin. Il y passa de nombreuses vacances durant son enfance. Sa sœur aime à raconter qu'il aimait aller à vélo à Romanin, marcher dans les ruines, regarder l'horizon certainement ! Il avait choisi de signer ses peintures "Romanin".

Laissons nous "aspirer" et remontons le temps... Dès l'âge de bronze, ces lieux furent habités, comme en témoigne la découverte de poignards de type chypriote comparables à ceux retrouvés dans des sépultures de Chypre, de Rhodes et même de Syrie... Premiers signes des échanges qui s'opéraient entre la Méditerranée orientale et la Provence. Romanin a été autrefois un lieu druidique où était vénérée la déesse mère "Ann". On y célébra aussi un culte voué à la déesse grecque Artemis, "porteuse de lumière". Déjà à l'époque des Grecs, Romanin était un important vignoble dont le vin était exporté sous le nom de "Vin de Théopolis". Pythéas, ce célèbre navigateur grec, 350 ans av. J-C, en faisait commerce entre la Provence et la Grèce. Des amphores de ce vin ont été retrouvées au fond de navires coulés en mer : elles étaient marquées au nom de "Romania". Au temps des Romains, cette tradition du vin se perpétue. Les terres de Romanin étaient la propriété de Claudius Postumus Dardanus, patricien romain, descendant du Roi mage Balthazar. Dernier préfet des Gaules, il exploita et distribua le vin de Romanin dans toutes les grandes cités romaines. Sa villa était située sur l'emplacement actuel de la Chapelle Saint Pierre, dite Chapelle Notre-Dame de Romanin, et non loin du passage de la fameuse voie aurélienne connue aussi sous le nom de chemin d'Aurignan, qui délimite le sud du domaine. Au Xe siècle, le fort de Romanin fut occupé par les Maures. Ils en furent délogés par Saint Mayeul et le Comte Guillaume le libérateur, Prince d'Orange et des Baux. C'est par mariage que Raymond de Gantelme devint Seigneur de Romanin. En 1203, il entre dans l'ordre du Temple en la Commanderie d'Arles. Avec six autres chevaliers, il ramènera de Palestine (des grottes des Monts de Qhirbet, sur les bords de la mer Morte) en l'an 1249, trois coffres et le voile de Sainte Anne conservés à la Cathédrale d'Apt. Le château fut construit par la Confrérie de "L'œuvre du Pont", organisation de constructeurs associée à l'ordre du Temple. L'architecte, un Templier du nom de La Rovère, avait déjà construit divers édifices dans cette région, notamment Simiane la Rotonde, un observatoire, et Buoux, une place forte. Dès sa construction, en 1203, le Château Romanin devint célèbre par ses Cours d'Amour, rapidement renommées dans toute l'Europe. Les Dames de la plus haute naissance en étaient les premiers juges. S'y assemblaient une armée de chevaliers et une multitude de poètes et troubadours. La belle Laure, amante du poète Pétrarque, avait été la première Présidente de cette Cour d'Amour que sa tante Estephanette de Gantelme, épouse de Raymond, avait établie en son château de Romanin. Dans cette cour de Romanin, le but était de perfectionner l'idée d'Amour, de cultiver le cœur, de le rendre moins sauvage, d'adoucir le caractère, d'apprendre à mettre plus de bonne foi et de retenue dans une passion où les hommes en mettent si peu. Romanin est alors le centre de la Provence intellectuelle, un foyer harmonieux de la littérature provençale aux XIIIe et XIVe siècles. Il devint même "Cour Souveraine" pour toute la Provence. La Reine de France, Marie de Blois, séjourna à Romanin, lors de l'inauguration des fêtes de Saint-Rémy. Les troubadours y venaient pour les assises de la poésie. Les Dames appréciaient leur composition et proclamaient le nom des vainqueurs. Citons parmi les plus célèbres qui séjournèrent au Château : Rimbaud de Vacqueyras, Jean de Châteauneuf, Bertrand de Ventadour, Hugolin et Gaucher de Forcalquier, Bertrand d'Alamon, Peyre de Saint-Rémy (de son vrai nom Pierre de Hugolin, Seigneur de Romanin), Romée de Villeneuve et l'Empereur Frédéric Barberousse qui écrivit à Romanin le chant "Lo Cantar Provencales". Cette Cour Souveraine, séjour tant aimé des poètes et troubadours, subsista jusqu'en 1382, pendant une période de 150 ans.

"Ô Romanin, ô vieux château
Temple du Vrai, Temple du Beau,
si tu ne vis qu'en souvenir,
tu demeures pourtant le symbole
d'une Provence de splendeur.
Sur tes éboulis, vieux château,
narguant la chaleur et le givre toujours,
jamais las de chanter,
viendront en foule les poètes."

Comme le chante si bien Ludovic Souvestre, il n'est pas étonnant que la tradition d'harmonie et de beauté se perpétue. Nous sommes, en effet, au cœur du pays chanté par Frédéric Mistral, Alphonse Daudet et Marie Gasquet, comme si quelque chose dans l'air de Romanin et de ses environs portait à la poésie et au chant. Cela est peut-être dû à la légèreté exceptionnelle de l'air... Autre temps et pourtant fidélité traditionnelle à tout ce qui fut et reste l'essence de Romanin : une terre et un ciel qui font de Romanin ce Haut-Lieu de la tradition de la vigne et qui expliquent le rayonnement de son vin à travers le monde.

Il est l'héritier d'un passé vivant.